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¿Les gusta a Simenon?

¿Lo sabían que sus famosas novelas con el comisario “Maigret” sólo representan una parte, ciertamente no insignificante de su producción literaria pero seguramente no la que es la más importante? ¿Lo sabían que es uno de los escritores más leídos en el mundo, más adaptados a la gran pantalla, y que su obra es gigantesca, la tercera de lengua francés más traducida después de las de Jules Verne y de Alexandre Dumas?

George Simenon nació el 12 de febrero de 1904 en Lieja, pequeña ciudad del sur de la Bélgica, que es también mi ciudad natal. Sin embargo creo que soy totalmente objetivo cuando califico Simenon de novelista excepcional, al menos uno de los mejores del siglo XX. Su escritura es simple, habla de gente simple que viven en general en pequeñas ciudades, simples también ellas. Basándose en estos elementos, que conoce siempre muy bien, a menudo por haber vivido en el mismo lugar y frecuentado el medio descrito, Simenon nos lleva a las profundidades de la naturaleza humana, no siempre muy buenas y muy agradables a conocer pero en las cuales, a menudo, nos reconocemos, al menos en parte.

He elegido “La habitación azul”, una de sus novelas “duras”, como le gustaba llamar las que consideraba más importantes en su recorrido literario, quizás una de las mejores. De todos modos no se sale indemne de esta historia de adulterio que deja también un gran espacio al misterio, una novela  seguramente muy superior a la reciente adaptación cinematográfica de Mathieu Amalric.

Alrededor del inicio genial de esta novela, les propongo dos obras magistrales: “El beso” de Edvard Munch y “Blue in green” de Miles Davis.

Edvard Munch, Beso en la ventana, 1892

Vous aimez Simenon?

Saviez-vous que les fameux Maigrets ne représentent qu’une partie, certes non la plus infime, de sa production littéraire mais certainement pas la plus importante? Saviez-vous u’il est un des écrivains les plus lus au monde, les plus adaptés au grand écran, et que son œuvre est gigantesque, la troisième de langue française la plus traduite après celles de Jules Verne et Alexandre Dumas?

George Simenon est né le 12 février 1903 à Liège, petite ville du sud de la Belgique, qui est également ma ville natale. Je crois pourtant être totalement objectif quand je qualifierais Simenon de romancier exceptionnel, un des meilleurs du vingtième siècle pour le moins. Son écriture est simple, il parle de gens simple qui vivent en général dans de petites villes, simples elles aussi. À partir de cette base qu’il connaît toujours fort bien, souvent pour avoir vécu sur place et fréquenté le milieu décrit, Simenon nous emmène dans les profondeurs de la nature humaine, pas toujours fort reluisantes et dans lesquelles souvent nous nous reconnaissons, pour le moins en partie.

J’ai choisi “La chambre bleu”, un de ses romans “durs”, comme il aimait appeler les romans qu’il jugeaient les plus importants dans son parcours littéraire, peut-être un des meilleurs. En tout cas on ne sort pas indemne de cette histoire d’adultère qui laisse aussi une grande place au mystère, un roman très certainement supérieur à la récente adaptation cinématographique de Mathieu Amalric.

Autour du début génial de ce roman, je vous propose deux oeuvres magistrales: “Le baiser” de Edvard Munch et “Blue in green” de Miles Davis.

 Jean Claude Fonder


LA CHAMBRE BLEU de George Simenon

Chapitre 1

— Je t’ai fait mal ?
— Non.
— Tu m’en veux ?
— Non.
C’était vrai. A ce moment-là, tout était vrai, puisqu’il vivait la scène à l’état brut, sans se poser de questions, sans essayer de comprendre, sans soupçonner qu’il y aurait un jour quelque chose à comprendre. Non seulement tout était vrai, mais tout était réel : lui, la chambre, Andrée qui restait étendue sur le lit dévasté, nue, les cuisses écartées, avec la tache sombre du sexe d’où sourdait un filet de sperme.
Etait-il heureux ? Si on le lui avait demandé, il aurait répondu oui sans hésiter.
L’idée ne lui venait pas d’en vouloir à Andrée de lui avoir mordu la lèvre. Cela faisait partie d’un tout, comme le reste, et, debout, nu lui aussi, devant le miroir du lavabo, il tapotait sa lèvre avec la serviette imbibée d’eau fraîche.
— Ta femme va te poser des questions ?
— Je ne crois pas.
— Elle t’en pose parfois ?
Les mots n’avaient guère d’importance. Ils parlaient pour le plaisir, comme on parle après l’amour, le corps encore sensible, la tête un peu vide.
— Tu as un beau dos.
Quelques taches roses étoilaient la serviette et, dans la rue, un camion vide rebondissait sur les pavés. Des gens parlaient, à la terrasse. On distinguait des mots par-ci par-là, qui ne formaient pas des phrases et ne voulaient rien dire.
— Tu m’aimes, Tony ?
— Je crois…
Il plaisantait, mais sans sourire, à cause de sa lèvre inférieure qu’il tamponnait toujours avec le linge mouillé.
— Tu n’en es pas sûr ?
Il se retourna pour la regarder et cela lui fit plaisir d’apercevoir cette semence, qui était la sienne, si intimement mêlée au corps de sa compagne.
La chambre était bleue, d’un bleu de lessive, avait-il pensé un jour, un bleu qui lui rappelait son enfance, les petits sachets d’étamine emplis de poudre bleue que sa mère diluait dans le baquet à lessive avant le dernier rinçage du linge, juste avant d’aller l’étendre sur l’herbe luisante du pré. Il devait avoir cinq ou six ans et il se demandait par quel miracle la couleur bleue pouvait rendre le linge blanc.
Plus tard, bien après la mort de sa mère dont le visaje devenait déjà flou dans sa mémoire, il s’était demandé aussi pourquoi des gens aussi pauvres qu’eux, vêtus d’habits rapiécés, attachaient tant d’importance à la blancheur du linge.
Y pensait-il en ce moment ? Il ne le saurait que plus tard. Le bleu de la chambre n’était pas seulement le bleu de lessive, mais aussi le bleu du ciel par certains chauds après-midi d’août, un peu avant que le soleil déclinant le teinte de rose, puis de rouge.
On était en août. Le 2 août. L’après-midi était avancé. A cinq heures, des nuages dorés, d’une légèreté de crème fouettée, commençaient à monter au-dessus de la gare dont la façade blanche restait dans l’ombre.
— Tu pourrais passer toute ta vie avec moi ?
Il n’avait pas conscience d’enregistrer les mots. Pas plus que les images ou les odeurs. Comment aurait-il deviné que cette scène, il la revivrait dix fois, vingt fois, davantage encore, chaque fois dans un état d’esprit différent, chaque fois vue d’un autre angle ?
Pendant des mois, il s’efforcerait de retrouver le moindre détail, pas toujours de son plein gré, mais parce que d’autres l’y obligeraient.



LA HABITACIÓN AZUL de George Simenon

Capitulo 1

—¿Te he hecho daño?
—No.
—¿Te has enfadado?
—No
Era verdad. En aquel momento todo era verdad, porque vivía la situación en estado bruto, sin preguntarse nada, sin intentar comprender, sin imaginarse que llegaría un día en que habría que intentar comprender. No sólo todo era verdad, sino que además todo era real: él, la habitación y, sobre la cama deshecha, Andrée desnuda, con las piernas abiertas, con la mancha oscura del sexo de la que salía un hilillo de esperma.
¿Se sentía feliz? Si se lo hubieran preguntado, hubiera respondido sin vacilar que sí. No se le ocurría enfadarse con Andrée porque le hubiese mordido el labio. Aquello formaba parte de un todo, y él, también desnudo, de pie ante el espejo del lavabo, se daba golpecitos en el labio con una toalla empapada de agua fresca.
—¿Te va a preguntar tu mujer qué te ha pasado?
—No creo.
—¿Nunca te pregunta nada?
Las palabras apenas importaban. Hablaban por el placer de hablar, como se habla después de hacer el amor, con el cuerpo todavía sensible, la cabeza un poco vacía.
—Qué espalda más bonita tienes.
La toalla estaba salpicada de manchas rosáceas y en la calle un camión vacío se bamboleaba sobre los adoquines. En la terraza, la gente hablaba. Se oían algunas palabras sueltas, que no formaban frases y no querían decir nada.
—¿Me quieres, Tony?
—Eso creo…
Bromeaba, pero sin sonreír, a causa del labio inferior, que se seguía curando con la toalla mojada.
—¿No estás seguro?
Se volvió para mirarla y le gustó ver el semen, que era suyo, tan íntimamente ligado al cuerpo de su compañera.
La habitación era azul, del azul de la colada, pensó un día, un azul que le recordaba su infancia, los saquitos llenos de polvo azul que su madre diluía en el agua justo antes del último aclarado y de extender la ropa sobre la brillante hierba del prado. Él debía de tener cinco o seis años y se preguntaba por qué milagro el color azul dejaba la ropa blanca.
Más tarde, mucho después de la muerte de su madre, cuyo rostro ya se desvanecía en su memoria, también se preguntaba por qué siendo tan pobres como eran, que se vestían con ropa remendada, daban tanta importancia a la blancura de la ropa.
¿Pensaba en eso en este momento? Sólo más tarde lo sabría. El azul de la habitación no era sólo el azul de la colada, sino también el el azul del cielo en ciertas tardes calurosas de agosto, poco antes de que el sol poniente lo tiñera de rosa y luego de rojo.
Era agosto. El 2 de agosto. La tarde estaba avanzada. A las cinco, unas nubes doradas, ligeras como la nata, se alzaban sobre la estación de sombreada fachada blanca.
—¿Te pasarías la vida entera conmigo?
Él no tenía conciencia de registrar las palabras. No más que las imágenes o los olores. ¿Cómo hubiera podido adivinar que volvería a vivir esta escena diez, veinte veces, y más aún, y cada vez con un estado de ánimo diferente, cada vez viéndola desde otro ángulo?
Durante meses se esforzaría en recordar cualquier detalle, y no siempre por propia voluntad sino porque otros le iban a obligar a hacerlo.